Les russes à Hollywood : un cinéma de propagande?

Le cinéma hollywoodien est l’industrie cinématographique la plus puissante au monde. Ses productions sont exportées dans la plupart des pays et ses grands succès sont connus de tous. L’impact de ces films est tel qu’il influence notre vision du monde. Nombreux sont ceux qui ont peur de se baigner depuis Les dents de la mer !

Le fait que ces créations puissent avoir un tel impact sur l’imaginaire des spectateurs n’est pas anodin. Ainsi elles peuvent alors être utilisées pour influencer l’opinion publique et servir de véritable arme politique. Certains n’hésitent pas à parler de soft power[1], voire d’arme de propagande massive. L’essayiste Pierre Conesa[2] considère par exemple que le cinéma hollywoodien a dès ses débuts servi la position politique des États-Unis, notamment en diabolisant ses ennemis. Pour comprendre, il suffit de regarder des westerns : l’Amérique se raconte elle-même et diabolise généralement les indiens, ennemis du héro « blanc ».

Qu’en est-il des russes?

Pendant la Seconde Guerre mondiale la Russie est alliée aux États-Unis. Mission à Moscou de Michael Curtiz s’inscrit dans ce contexte[3] : le film met en avant les bienfaits de cette alliance en présentant le pouvoir russe avec respect et admiration. Il est pour cela considéré comme un des rares films de propagande américains pro-soviétiques !

Pendant la Guerre froide, Hollywood a continué à incarner la politique américaine de l’époque. En effet, en tant que grands ennemis des états-uniens, les soviétiques ont de nombreuses fois été mis en scène dans des fictions américaines. C’est notamment le cas dans Le Rideau de fer de William A. Wellman et dans Le Rideau déchiré de Alfred Hitchcock[4].

Mais certains de ces films sont allés beaucoup plus loin en diabolisant les soviétiques dans des fictions très manichéennes. C’est par exemple le cas du célèbre Rocky IV, sorti en 1985 et réalisé par Sylvester Stallone. Le message politique est très clair, puisque le film oppose le héro américain à l’ennemi russe : le boxeur russe est monstrueux, cruel et en apparence imbattable. Tout comme l’URSS à l’époque, le personnage est présenté comme une nouvelle menace.

boxer russe

« L’URSS fait son entrée dans la boxe professionnelle. [Le joueur] cherche un adversaire à la hauteur. (…) Il détruit tout ce qu’il touche. »

Image et citation extraites de la bande annonce du film Rocky IV

Le cas particulier de la saga britannique James Bond

A Hollywood, les « méchants » des films d’espionnage étaient généralement soviétiques. Quand la saga James Bond vit le jour en 1962, elle était idéale pour entretenir la diabolisation du communisme soviétique[5].

Ces films ont toujours fait référence à l’actualité internationale et aux préoccupations occidentales. C’est par exemple pour cela que la menace de l’arme nucléaire soviétique est particulièrement présente dans les James Bond des années 60, la crise des missiles à Cuba ayant exacerbé les tensions entre les deux puissances mondiales. De la même façon, la menace de l’URSS est présente dans certains opus : Moonraker évoque par exemple la menace d’une invasion spatiale russe et Octopussy la menace d’une invasion en Europe.

octopussy
Image extraite de Octopussy (1983)

Pourtant, même si ces scénarios sont manichéens et que les soviétiques sont souvent évoqués, ils n’ont pas été la « tête de turc » de la saga. L’ennemi numéro 1 est dès le départ SPECTRE, une organisation qui vise à dominer le monde. Dans Bons baisers de Russie, l’URSS est uniquement détentrice d’une arme technologique que le SPECTRE souhaite voler. De même dans On ne vit que deux fois et Octopussy, les soviétiques sont accusés à tort de nuire les américains. Et dans L’Espion qui m’aimait, James Bond fait même équipe avec une agente soviétique !


[1] Soft power : Cette expression désigne la capacité d’une institution à influencer des acteurs, sans que ceux-ci aient l’impression d’y avoir été contraints.

[2] Hollywar : Hollywood, arme de propagande massive : Livre écrit par Pierre Conesa et publié en 2018

[3] Film sorti en 1943

[4] Films sortis en 1948 et en 1966. Bien qu’ Hitchcock soit britannique, il a aussi réalisé des films aux Etats-Unis.

[5] Ces films ont d’ailleurs été interdits en URSS jusqu’au milieu des années 80.

Cet article vous a plu ? N’hésitez pas à le partager sur Facebook ou à l’envoyer à vos amis

À lire aussi : Leone et Morricone, du western spaghetti à il était une fois en Amérique

Zeen is a next generation WordPress theme. It’s powerful, beautifully designed and comes with everything you need to engage your visitors and increase conversions.