Buena Vista Social Club: Les coulisses d’un succès inédit

« Ce fut une expérience fantastique. Le genre de choses à laquelle je me suis préparée toute ma vie. Quelque chose de très bizarre. Je l’ai dit à [mon fils], ça n’arrive peut-être qu’une fois dans la vie. »

Ry Cooder, Guitariste et associé de Nick Gold

Buena Vista Social Club est probablement l’album cubain le plus connu au monde. Enregistré en 6 jours à la Havane en 1996 et sorti en 1997, son succès international a mis en lumière la musique cubaine traditionnelle.

Mais pour apprécier ces morceaux à leur juste valeur, il est nécessaire de connaitre les coulisses de ce projet fou.

Le producteur Nick Gold face à des conditions d’enregistrement inédites

Buena Vista Social Club a été imaginé par Nick Gold et produit par sa maison de disque World Circuit Records. Crée en 1987, ce label a dès le départ l’intention de mettre en avant des musiciens du monde entier (d’où son nom d’ailleurs !).

Tout commence lorsque Nick Gold rencontre le musicien Juan de Marcos González. Ce dernier lui propose de faire revivre la musique cubaine pré-révolutionnaire [1], d’où le nom Buena Vista Social Club : il s’agissait d’une boîte de nuit havanaise détruite après la Révolution.

Au départ, l’idée était de produire un disque afro-cubain. Très attaché à la musique africaine, Nick Gold est conscient des racines musicales que Cuba partage avec le continent. C’est d’ailleurs là-bas qu’il découvrit la musique cubaine, introduite en Afrique à partir des années 40.

« Vous prenez n’importe quelle maman au marché, vous lui jouez une musique cubaine, elle va se mettre à danser comme si c’était la musique de chez elle. »

Nino Malapet, chef d’orchestre des Bantous de la Capitale (Brazzaville) – Citation du site Pan African Music

Mais rien ne s’est passé comme prévu. Alors que l’album devait être malio-cubain, un problème de visa empêcha les musiciens maliens de se rendre à la Havane. Quant aux chansons planifiées par le label, elles furent finalement abandonnées. Et ce pour la meilleure des raisons ! Les musiciens ont tous souhaité contribuer au projet en proposant des chansons qui leur tenaient à cœur.

L’autre particularité de l’album est son mode d’enregistrement: les deux micros ont été installés très haut au-dessus des musiciens. Loin d’être conventionnelle, cette technique permet d’entendre la musique jouée dans ses moindres détails. On croit y être !

Buena Vista Social Club de Wim Wenders : Le film qui témoigne de la grandeur du projet

Un an après la sortie de l’album, le succès est tel que Wim Wenders décide d’en faire un film.

Ry cooder et son fils à la Havanne
Photographie provenant du film Buena Vista Social Club
Ry Cooder et son fils à la Havanne

En plus de contribuer à la notoriété de l’album, ce documentaire met en avant un aspect majeur du projet: sans ce disque, ces musiciens pourtant brillants auraient probablement été oubliés. Bien que mondialement connus à la fin de leurs carrières, tous ont travaillé dur toutes leurs vies pour nourrir leurs familles. L’incontournable Ibrahim Ferrer était par exemple cireur de chaussures lorsque Ry Cooder est venu à sa rencontre !

« C’est le genre de chance qui est indispensable. Découvrir que tant de ces gens sont vivants et en forme, même s’ils sont oubliés, heureux de jouer, généreux, prêts à partager leur talent et leur savoir. »

Ry Cooder

Le régime cubain obligeait les musiciens à obtenir une autorisation pour faire une tournée à l’étranger. Le fait que le groupe ait pu jouer à New-York au Carnegie Hall était donc inespéré. Et ce concert mythique est d’ailleurs retranscrit avec émotion dans le film!

Compay segundo et Ry Cooder
Photographie provenant du Film Buena Vista Social Club
Compay Segundo et Ry Cooder

Là est la richesse de l’album. Écouter Buena Vista Social Club, c’est écouter des cubains qui malgré des conditions de vie difficiles, aiment profondément leur pays. Et c’est apprécier l’oeuvre de grands musiciens qui ont des décennies d’expérience et d’amour de la musique derrière eux.

[1] Révolution cubaine, 1959: Il s’agit donc de la musique cubaine de la première moitié du XXème siècle.

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