La guitare électrique: La star du rock en déclin

Objet de toutes les convoitises dans les années 60, la guitare électrique souffre depuis plusieurs années d’un déclin mondial. Le phénomène est tel que même les plus grandes enseignes historiques Gibson et Fender s’inquiètent pour leur avenir.    

La guitare électrique à partir des années 50: l’instrument pionnier du rock’n’roll

Créée en 1934 par un ancien luthier de chez Gibson, la guitare électrique est d’abord utilisée par des artistes Afro-américains, avec notamment le guitariste Chuck Berry, un des pionniers du rock’n’roll.

Le succès de cet instrument explose après la Seconde Guerre mondiale. A partir des années 50, la jeune génération écoute du rock, cette contre culture rebelle, scandaleuse, subversive. Elle inclut les noirs dans une société très ségrégationniste, prône la liberté et la fête dans un contexte d’après guerre. Elle revendique le sexe et la drogue dans une société puritaine et accompagne même plus tard la lutte contre la guerre du Vietnam. De plus, le rock est fédérateur et incorpore plusieurs styles musicaux : folk, blues, jazz, country… tout le monde peut s’y retrouver !

La mondialisation et le rayonnement de la culture américaine contribuent à l’extension et l’industrialisation du rock et de sa guitare. L’apogée est atteinte en 1969 avec le festival Woodstock, qui attire 500 mille personnes en trois jours. Les jeunes ont pour idoles des « Guitar Heroes » (Hendrix, Santana, Neil Young) et jouent dans leurs garages.

The Jimi Hendrix Experience – Foxey Lady (Miami Pop 1968)

Un déclin lent mais certain: l’inquiétude de l’industrie musicale

Aujourd’hui encore, la guitare reste l’instrument de musique le plus vendu et le plus pratiqué au monde. Mais alors que l’offre d’instruments n’a jamais été aussi importante, la demande de la guitare électrique est en baisse.

Le 22 juin 2017, un article du Washington Post tire la sonnette d’alarme. En 10 ans, les ventes annuelles des guitares électriques ont baissé d’un tiers aux Etats-Unis. Les guitares classiques se vendent mieux depuis 2010, ainsi que les ukulélés depuis 2015 ! Le phénomène est tel que les entreprises Gibson, Fender, PRS Guitars ou encore Guitar Center affichent des pertes et s’endettent.

En France, le secteur reste supérieur à celui du disque mais connait aussi de grosses difficultés. Dans un article du Monde du 10 mai 2019, le patron du magasin Scotto Musique à Marseille raconte : «Les ventes de tous les instruments sont en baisse et la moitié des magasins de musique ont fermé en vingt ou trente ans ». Il explique que les seniors représentent un tiers de sa clientèle. Plusieurs magasins emblématiques en Europe ne survivent d’ailleurs que grâce aux aides financières de quelques passionnés…

La guitare électrique et le rock’n’roll : une musique passée de mode

Les années passent et le rock n’a plus le même succès. Ses super stars ont vieilli et n’ont pas été remplacées. Les grands guitaristes existent toujours, mais ils sont uniquement reconnus par les connaisseurs ! La nostalgie de ces années folles peut d’ailleurs contribuer à la baisse des ventes dans les grandes enseignes : les amateurs sont plus tentés d’acheter des guitares d’occasion datant de cette époque.

L’explosion du rap, de la tecno et de l’électro laissent complètement de côté la guitare électrique. Aux Etats-Unis et en Europe, les groupes ou « boys band » sont passés de mode. Les artistes tendances sont généralement en mode « solo », ce qui expliquerait d’ailleurs que la guitare acoustique souffre moins de ce déclin : le retour du folk, le succès constant de la country et la notoriété d’artistes comme Taylor Swift lui donnent un second souffle.

Mondialisation et innovation : l’émergence de nouvelles concurrences

La mondialisation actuelle et les innovations technologiques expliquent aussi le déclin de la guitare électrique. Son plus gros concurrent est probablement l’ordinateur, qui est devenu au fil du temps l’instrument de musique numéro un. Cela a bouleversé la structure du marché : le nombre de guitares par guitariste est en baisse car l’ordinateur, les micros et les effets de modélisation élargissent sa palette musicale.

La difficulté économique des vieilles enseignes s’explique aussi par l’arrivée d’internet et l’émergence des pays industrialisés. De nouvelles entreprises concurrentes (notamment au Japon et en Chine) produisent et vendent des instruments à prix réduits.

Mais ce n’est pas tout ! En 2017, la prise de conscience écologique a amené la CITES* à réglementer le commerce du bois. Cette nouvelle réglementation a mis sous protection 300 espèces productrices de bois, et a ainsi a une incidence directe sur les importations de guitares.

La guitare électrique ne semble donc pas avoir de beaux jours devant elle. En France comme ailleurs, les guitaristes ne sont plus les modèles des jeunes, comme le rock n’est plus le symbole de la rébellion. Comment souvent, ce qui est marginal s’institutionnalise et cette musique ne semble plus incarner les préoccupations sociales actuelles.

*CITES : Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction

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