Josep: le dessin d’une vie mais surtout d’un exil

Dans les bouchons de Marseille, Valentin, un ado à la voix qui n’a pas fini de muer, reproduit depuis la banquette arrière de la voiture de ses parents un tag qu’il observe sur les murs : « Massilia ». La petite famille rend visite au grand-père maternel, mourant. Arrivé dans la chambre sombre, Valentin découvre une multitude de dessins accrochés aux murs, dont un qui retient son attention : le visage d’un homme renversé en arrière prisonnier de barbelés. « Une horreur » pour la mère. Au réveil du papy qui dormait jusqu’à présent, le film se lance. Le vieillard va conter, le dessin sous le bras, son histoire.

Février 1939. Barcelone tombe aux mains des franquistes et les républicains, contraints à l’exil, traversent les Pyrénées. L’accueil est rude : parqués, concentrés et humiliés dans des camps, le sud de la France n’est pas le petit paradis ensoleillé que l’on imagine de nos jours.

Parmi ces exilés, Josep, dessinateur, rencontre Serge, un gendarme français chargé de surveiller ces innocents enfermés. Serge semble être le seul Français « blanc » à se soucier de la santé des réfugiés ; ces supérieurs, eux, les traiteront comme du bétail.

Peu à peu, une amitié s’installe entre les deux hommes avec comme point de départ, un cadeau. Il s’agit d’un crayon et d’un papier, pour un Espagnol qui dort à même le sol sous une couverture sale. Symbolique simple mais renversante : donner à un artiste de quoi s’exprimer avant toute chose, quand bien même mourait-il de faim.

À la faim… le dessin. josep

Aurel, le réalisateur, est avant tout dessinateur. Avec son style, il emporte le spectateur dans un film d’animation qui ressemble davantage à une bd animée. Les mouvements ne sont pas fluides, ce qui demandera quelques minutes d’adaptation au spectateur. Mais grâce à ce procédé, Aurel joue sur le rythme des scènes. Il leur donne le réel aspect des souvenirs que Serge délivre à son petit-fils, exacerbant de la même manière toute la poésie qui s’en dégage. La couleur aussi est un outil, ou plutôt son absence. Le réalisateur, sans doute influencé par son travail de caricature pour différents journaux, dessine ses personnages sans couleur, ou très peu. Il dépeint ainsi la nature ocre et noire des scènes, et fait inhaler au spectateur la poussière que les personnages subissent dans les camps.

Le trait lourd et presque grossier de certains personnages leur donne un trop plein de consistance. Il marque leur sentiment de supériorité sur d’autres, à tort évidemment. Parfois, les visages se changent en animaux. Ils se retrouvent sanctionnés d’une tête de porc, de chien ou de chauve-souris, montrant leur absence d’humanité. Le gendarme le dira lui-même : « À voir cela, on pouvait se demander de quel côté étaient les animaux ».

Plus l’histoire avance, plus le réalisateur fait évoluer son style. Par exemple, l’auteur fait déborder la couleur des personnages principaux au décor qu’ils traversent pour marquer la folie artistique qui s’empare du México de Frida Kahlo.

Une autre force du film réside dans sa non-volonté de moralisation josep

L’auteur ne tombe pas dans le piège de donneur de leçon. S’il donne trait à des personnages assez manichéens, il ne sépare aucunement le blanc et le noir de sa palette. Il montrera par exemple, le désespoir et la faim pousser des enfants à appâter le chien de compagnie d’une petite fille française pour en faire un repas consistant. La détresse face à l’innocence. Il raconte la petite histoire dans le décor de la grande. Aurel montre ce qu’il s’est passé et comment, sans jamais chercher à justifier, expliquer, pardonner quoi que ce soit ; il raconte.

À travers ces successions de dessins animés, Aurel raconte ainsi l’histoire de Josep Bartoli. Il rend hommage à cet artiste espagnol en intégrant au récit ses dessins originaux. Mais au-delà de ça, Josep nous rappelle l’horreur du siècle dernier et les erreurs que toute nation a pu commettre.

Une double lecture qui fait de cette œuvre un film grand public

Le film est fait pour tous. Les adultes comprendront les messages subtils et les plus jeunes s’interrogeront sur le passé du Vieux Continent. C’est pourquoi au vu de la période difficile que traverse cinéma, il est important de faire le déplacement pour découvrir cette œuvre qui est sans doute le meilleur film d’animation de l’année.

Comme éternel, l’art face à l’histoire est toujours d’actualité. Aurel nous prouve qu’il en existera toujours un pour raconter notre monde et ce que l’on est capable d’en faire.

Écrit par Paul Laurens

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