Cliché sur bitume avec l’instable photographie

C’est en me baladant sur instagram, entre photos de corps et codes promotionnels, que cinq regards m’ont interpellé. Insouciant et tenace, ils ne m’ont pas laissé indifférents. C’est ainsi que j’ai voulu prendre contact avec la personne qui fut capable de capturer cet instant si anodin mais pourtant si révélateur : l’instable photographie.

Bonjour l’instable photographie ! Peux-tu te présenter à nos lecteurs ? 

Bonjour à toutes et à tous, je m’appelle Jean-Michel, aussi connu sous le nom de l’instable et je suis photographe social. J’ai 42 ans, je suis originaire de la ville de Créteil située dans le Val-de-Marne.

Dis-nous, pourquoi ce nom d’artiste ? 

C’est un surnom qu’un ancien de mon quartier m’avait donné. J’avais 18 ans et je ne tenais pas en place. Ça collait bien et je l’ai conservé jusqu’à aujourd’hui (j’ai bientôt 43 ans).

Pour photographier la banlieue, faut-il en être issu ? 

Non pas du tout. Il faut juste avoir du respect et de la considération pour les personnes que l’on photographie.


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Secret gardé Reportage photographique A l'ombre des tours / Créteil – Quartier Echat LA VIE DES BLOCS est travail d’immersion photographique débuté en 2012, dans deux quartiers populaires de la ville de Créteil. Il a donné naissance à trois reportages axés sur des thématiques différentes; EN BAS DES BLOCS, « UN ÉTÉ A LA CITÉ » et » A L’OMBRE DES TOURS » sont les titres que j’ai choisis pour les illustrer. Ces clichés, pris sur le vif, témoignent le plus objectivement possible de la vie des habitants de ces cités dans leur quotidien. Témoin et relais de émotions souvent sans filtre qui transpercent une partie de cette jeunesse oubliée, mon regard et mon militantisme combattent les représentations fantasmées. C'est comme cela que j’en tire des séries de photos où les êtres, et spécialement les enfants et les jeunes adultes, ont une place prépondérante. _____________________ Conscient que la banlieue change, car le « Grand Paris Express » fait naître de nouveaux enjeux économiques, LA VIE DES BLOCS est un travail de mémoire photographique afin que l'oublie ne devienne pas une excuse systématique. Les blocs explosent, les coups de pelleteuses grignotent les barres d'immeubles HLM et les souvenirs des locataires qui déménagent sont balayés. Il ne reste alors plus rien excepté tous ces moments de vie fragmentés sans nos souvenirs, et immortalisés dans mon appareil. La photographie sociale est une arme et une question légitime se pose. LE GRAND PARIS EST-IL L'EXIL FORCÉ DES PAUVRES TOUJOURS PLUS LOIN ? #capturestreets#streetscenes#ourstreets#life_is_street#faces_of_streets#lensonstreets#burnmagazine#seventwentymagazine#streetphotomag#challengerstreets#streetsinworld#workinprogress#awesomebnw#bnw#bnwlover#streetphotography#streets_storytelling#socialart#socialphotography#iloveart#monochrome#lepetitprince#bnw_today#zonestreet#awesome#streetshot#apfmagazine#eyeshotmag#bnw_society#

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« Secret gardé est une photo instantanée que j’ai prise dans le quartier Echat. On ne saura jamais ce qu’ils se sont dit car c’était et c’est toujours un secret « 



Qu’est-ce qui t’a poussé à entreprendre ce travail de mémoire ?

Lorsque que j’ai appris que la cité dans laquelle j’étais travailleur social allait être entièrement démolie, j’ai décidé d’immortaliser tous nos moments passés ensemble. La photographie était un outil, puis c’est devenu une passion.

Comment s’est passé ton intégration au sein des jeunes des quartiers de l’Échat et des Sablieres ? 

Je suis natif de la ville de Créteil. Je connaissais déjà très bien ces quartiers. Tout cela s’est donc fait naturellement.

Les cités françaises sont aujourd’hui très fantasmées, des médias mainstream aux textes de nombreux rappeurs français. C’est quoi ta vision personnelle de la vie dans la cité ?  

La vie dans les quartiers populaires mérite bien plus que les maux et les clichés que certains grands médias, tout comme certains politiciens entretiennent depuis plus de 40 ans. La grande majorité des gens qui y vivent ont une vie sociale « normale ». Ils partent bosser le matin ( souvent très tôt) et rentrent chez eux le soir. Penser que les cités regorgent de rappeurs et de footballeurs est ultra réducteur. Il y a une pluralité formidable. Il ne faut pas occulter les problèmes mais il ne faut pas se victimiser.

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Boyz N the hood / Tirage disponible sur mon site internet www.linstablephoto.fr Reportage photographique " A l'ombre des tours / Créteil – Quartier Echat ___________________________2voir2mémoire_____ LA VIE DES BLOCS est travail d’immersion photographique débuté en 2012, dans deux quartiers populaires de la ville de Créteil. Il a donné naissance à trois reportages axés sur des thématiques différentes; EN BAS DES BLOCS, « UN ÉTÉ A LA CITÉ » et » A L’OMBRE DES TOURS » sont les titres que j’ai choisis pour les illustrer. Ces clichés, pris sur le vif, témoignent le plus objectivement possible de la vie des habitants de ces cités dans leur quotidien. Témoin et relais de émotions souvent sans filtre qui transpercent une partie de cette jeunesse oubliée, mon regard et mon militantisme combattent les représentations fantasmées. C'est comme cela que j’en tire des séries de photos où les êtres, et spécialement les enfants et les jeunes adultes, ont une place prépondérante. _____________________ Conscient que la banlieue change, car le « Grand Paris Express » fait naître de nouveaux enjeux économiques, LA VIE DES BLOCS est un travail de mémoire photographique afin que l'oublie ne devienne pas une excuse systématique. Les blocs explosent, les coups de pelleteuses grignotent les barres d'immeubles HLM et les souvenirs des locataires qui déménagent sont balayés. Il ne reste alors plus rien excepté tous ces moments de vie fragmentés sans nos souvenirs, et immortalisés dans mon appareil. La photographie sociale est une arme et une question légitime se pose. LE GRAND PARIS EST-IL L'EXIL FORCÉ DES PAUVRES TOUJOURS PLUS PAUVRES? capturestreets#streetscenes#ourstreets#life_is_street#faces_of_streets#lensonstreets#burnmagazine#seventwentymagazine#streetphotomag#challengerstreets#streetsinworld#workinprogress#awesomebnw#bnw#bnwlover#streetphotography#streets_storytelling#socialart#socialphotography#iloveart#monochrome#lepetitprince#bnw_today#zonestreet#awesome#streetshot#apfmagazine#eyeshotmag#bnw_society#inception

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« J’ai pris cette photo durant une nuit. C’était à Créteil, dans un hall du quartier Echat. Le jeune homme que j’ai pris en photo comptait quelques billets qu’il avait dans la main. J’ai d’abord pris une photo de ses mains puis il a spontanément disposé les billets sur son visage. C’était pour lui une façon de dire que l’argent n’a pas de figure « 

Comment perçoistu la destruction des barres HLM et de certains quartiers comme les sablières ? 

Beaucoup de logements sont insalubres et il est donc normal de les détruire. C’est donc une bonne chose quand c’est fait en concertation avec les habitants. Néanmoins, on ne peut pas nier que les plus pauvres pâtissent encore de ces rénovations urbaines. Les logements neufs sont forcement plus chers. La conséquence est l’éloignement des plus pauvres.

Les clichés de L’Echat et des Sablières s’opposent sur bien des points, pourquoi avoir voulu créer cette opposition ? 

Ce n’est pas une opposition mais un regard différent. La cité des sablières souffrait de son passé sulfureux. Elle avait toujours autant mauvaise réputation malgré les changements. Je ne voulais pas entretenir ces clichés et c’est notamment pour cela que j’ai beaucoup photographié l’enfance. Cela représente l’avenir et l’espoir. A l’inverse, le quartier Echat est connu pour être un quartier d’affaire avec une fac etc…Je voulais donc montrer qu’il y a des problèmes sociaux grandissants car c’est un quartier oublié.

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Contrôle de papiers / Tirage disponible sur mon site internet www.linstablephoto.fr Reportage photographique " en bas des blocs / Créteil – cité des sablières ___________________________2voir2mémoire_____ LA VIE DES BLOCS est travail d’immersion photographique débuté en 2012, dans deux quartiers populaires de la ville de Créteil. Il a donné naissance à trois reportages axés sur des thématiques différentes; EN BAS DES BLOCS, « UN ÉTÉ A LA CITÉ » et » A L’OMBRE DES TOURS » sont les titres que j’ai choisis pour les illustrer. Ces clichés, pris sur le vif, témoignent le plus objectivement possible de la vie des habitants de ces cités dans leur quotidien. Témoin et relais de émotions souvent sans filtre qui transpercent une partie de cette jeunesse oubliée, mon regard et mon militantisme combattent les représentations fantasmées. C'est comme cela que j’en tire des séries de photos où les êtres, et spécialement les enfants et les jeunes adultes, ont une place prépondérante. _____________________ Conscient que la banlieue change, car le « Grand Paris Express » fait naître de nouveaux enjeux économiques, LA VIE DES BLOCS est un travail de mémoire photographique afin que l'oublie ne devienne pas une excuse systématique. Les blocs explosent, les coups de pelleteuses grignotent les barres d'immeubles HLM et les souvenirs des locataires qui déménagent sont balayés. Il ne reste alors plus rien excepté tous ces moments de vie fragmentés sans nos souvenirs, et immortalisés dans mon appareil. La photographie sociale est une arme et une question légitime se pose. LE GRAND PARIS EST-IL L'EXIL FORCÉ DES PAUVRES TOUJOURS PLUS LOIN ? #streetphotographer#streetlife_award#people_infinity_#everybodystreet#lensculture#magnumphoto#lensculturestreet#lenonstreets#spicollective#capturestreets#wearethestreets#stortofthestreet#streethunter#myspc#streetleaks#bnw_demand#challengerstreets#life_is_street#friendsinperson#documentaryphotography# streets_storytelling#bnw_creatives#bnw_planet#bnw_magazine#bnw_international#incredible_bw#bw_addiction#

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« Lorsque j’arrivais dans la cité des sablières, les gamins aimaient courir après mon véhicule car j’avais l’habitude de les faire monter dedans et de faire des tours avec eux. C’était en hivers, les gosses se sont pointés à la fenêtre de ma voiture et j’ai sorti mon appareil pour shooter en rafale. Certains ont eu le temps de « taper la pose » et d’autres pas vraiment « 


Tu photographies toujours en Noir et blanc, cela est-il en lien avec ta volonté de poser un regard neutre ?

Non, c’est venu naturellement. Je ne me suis pas posé la question. La première photo que j’ai traitée était en noir et blanc.

J’ai pu voir que tu prépares un reportage sur les mères isolées, quel type de détresse veux-tu mettre en lumière ?

Je ne veux pas mettre en lumière la détresse car je ne tiens pas à tomber dans le misérabilisme. Je veux justement montrer que ces femmes font preuve d’un courage extraordinaire malgré les difficultés qu’elles peuvent rencontrer. Encore une fois, il ne s’agit pas de généraliser mais de tenter de montrer une multitude de réalités.

Pour finir, qu’est-ce qui fait une bonne photo?

L’art est très subjectif. Je dirai donc que c’est une photo qui allie la technique et l’émotion.

Merci à toi l’instable photographie pour nous avoir permis de découvrir ton passionnant travail.

Merci à vous aussi pour l’interview !

C’est pas fini

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