Cebos Nalcakan, une photographie sans filtre

Cebos Nalcakan

est après une première interview de @linstable_photographie, que je me suis intéressé au collectif de photographe : l’œil flingué. C’est alors que l’univers de Cebos Nalcakan, alias @cebos_picsandlove sur instagram, m’a directement captivé. Membre de ce collectif lui aussi, il met en avant une photographie neutre et sans filtre, dans laquelle les bons et mauvais coté de la vie cohabitent sans jamais se juger. Cebos Nalcakan

Bonjour Cebos, peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Bonjour ! Cebos Nalcakan, né en 1990 à Paris et habitant du 18ème arrondissement. Je suis photographe autodidacte depuis plus d’une dizaine d’années et membre du collectif « L’œil Flingué ».

On dit qu’on peut connaitre quelqu’un en fonction de ce qu’il écoute, et j’ai pu constater que tu es un grand amateur de rap. Quel est ton top 3 des albums de rap français ?

Effectivement, j’ai découvert le rap assez tôt grâce à mes grands frères. Aujourd’hui le rap fait partie de ma vie autant que la photo, j’en écoute énormément et c’est pour moi une grande source d’inspiration. J’ai toujours été attiré par les textes, un rap avec du fond accompagné de belles mélodies (le fond et la forme). J’essaie d’apporter une touche émotionnelle et poétique à ma vision photographique qui est assez brute de base. Le rap m’a fait aimer la musique et la musique la photo.

Voici mon top 3 : Cebos Nalcakan

  • Selexion 99/2000 de Scred Connexion
  • Mauvais Œil de Lunatic
  • Si c’était à refaire de Kery James

J’ai vu ton reportage photo poignant sur Barbès, ton quartier d’origine. La première chose qui m’est venue à l’esprit, c’est que l’image que tu montres de Paris est bien différente de « Emily in paris ». Finalement, est-ce que c’est le fait que chaque quartier ait sa propre identité qui rend Paris si unique ?

Le 18e regroupe plusieurs quartiers tels que Clignancourt, les Abbesses, Montmartre, Barbès, Marx Dormoy… bien que tous issus du même arrondissement, ces quartiers ont leurs différences. Une des plus flagrantes à mes yeux c’est celle du boulevard Barbès qui sépare le quartier populaire de la goutte d’or et le quartier touristique du Sacré Coeur. Il faut aimer et apprécier chaque quartier pour ce qu’il apporte à la ville de Paris. Moi, j’aime mon quartier pour son histoire et je le déteste pour sa gentrification. S’ils n’avaient pas leur propre identité il n’y aurait pas de Paris tout simplement.

Est-il difficile de photographier les aspects les plus sombres de ton quartier d’origine ? Est-ce que ça t’arrive de t’abstenir de prendre une photo ?

Tout dépend de la situation, photographier les aspects sombres c’est bien, mais c’est mieux quand c’est fait avec une certaine crédibilité. Aujourd’hui c’est la mode de prendre en photo des cités, des jeunes qui fument dans des halls etc.… Ayant les codes d’un quartier je sais comment agir en tant que photographe et surtout ce que je dois ou ne dois pas photographier. Je le dis souvent, être photographe ce n’est pas faire les meilleurs clichés c’est savoir pourquoi on fait de la photo. C’est étrange car pour moi certaines situations « sombres » me semblent plus faciles à photographier que des scènes simples et anodines. Quand on maitrise son sujet photographique ça se ressent à l’image. Moi je ne fantasme pas sur ce que je vois dans mon quartier, c’est tout simplement mon quotidien.

Pour ma part, oui je m’abstiens souvent. Je préfère prendre mon temps, travailler mon approche avant de photographier mon sujet et ça peut prendre plusieurs mois. Faire pour faire ça ne m’intéresse pas. Ça m’arrive aussi d’obtenir des moments forts et intimes avec mon sujet que je ne souhaite pas partager.

Aujourd’hui, comment te perçoit ton quartier? Cebos Nalcakan

Dieu merci je peux marcher tranquillement dans tout le 18ème. Je suis avant tout Cebos, un pote pour certains, un petit ou grand frère pour d’autres. Rien à foutre d’être reconnu comme le meilleur photographe dans mon quartier, l’essentiel c’est le respect que je donne et que je reçois. J’ai mon histoire, donc pas besoin de m’inventer une vie.

En tant que photographe, je suis une fierté pour ceux qui m’ont vu depuis tout petit avec un appareil photo à la main. Aujourd’hui, je me retrouve à répondre à des interviews, ça ne peut que les rendre heureux. Ils ont vu mon évolution et apprécient ma détermination.  C’est gratifiant de savoir que les habitants et commerçants aiment mon travail, ça ne peut que m’encourager à continuer. Il n’y a aucun doute, en photo je peux pratiquement faire ce que je veux dans le quartier car il y a une confiance.

Concernant tes séances photos, sont-elles travaillées en amont ou improvisé sur le moment ?

Aujourd’hui je travaille différemment, je me suis amélioré dans ma démarche. Quand on choisit de faire du reportage il faut raconter une histoire et maitriser son sujet. Sur le terrain je suis un voleur d’instant, la vie m’offre des moments et des scènes que je photographie. Lors de mes shootings photo, je demande aux modèles de poser tout en restant naturel. Pour les reportages photos, je ne dis rien, je me contente de vivre le moment.

Tes photos visent à transmettre des émotions, que ce soit par leur contenu ou par leur intitulé. Comment choisis-tu les titres de tes photos ? Cebos Nalcakan

L’Art sert à transmettre des émotions et à interpeller les esprits. Je partage ce que je ressens sans vouloir plaire à tout le monde. À vrai dire, je ne suis pas très doué avec les titres, mais je trouve des citations qui se marient bien avec mes images et mon univers personnel.

Quand je vois ton travail je ne peux que penser à celui de L’instable photographie. Vous photographiez sans jugement ni apitoiement, et cela se ressent. Que peux-tu nous dire de votre collectif L’œil qui flingue ? Cebos Nalcakan

Nos photographies se ressemblent car on partage les mêmes valeurs. On agit sans jugement parce qu’on maitrise nos sujets sans tricher.

Nous sommes un jeune collectif composé de Madou, Mamad, L’instable et moi-même. On a réuni nos forces dans le but de partager notre vision photographique qui regroupe de la photo de rue, du reportage, des shootings modes, des photos de manifestation, des voyages … On espère rapidement vous présenter une exposition photo de nos travaux.

Après mes voyages en Malaisie et au Brésil, la pauvreté m’a tout de suite fait réaliser la chance que j’avais en tant qu’occidental. As-tu ressenti la même chose ? Qu’est-ce que t’ont personnellement apporté ces voyages ? Cebos Nalcakan

Il suffit de regarde par sa fenêtre pour se rendre compte de la chance qu’on a. Évidemment ailleurs la pauvreté nous paraît plus importante et violente, et c’est clairement le cas malheureusement. Lors de mes voyages, mes rencontres m’ont enrichi et m’ont beaucoup apporté humainement. 

Malgré la pauvreté on est toujours bien accueilli, c’est toujours ceux qui ont le moins qui donnent le plus. Il y a une phrase de Tiken Jah Fakoly qui résume bien la situation : « Viens voir ceux qui n’ont rien. Regarde comme ils savent donner. Et tu repartiras riche. Et tu ne pourras pas oublier… »

Qu’as-tu voulu montrer par ta série de tirages aux Philippines ?

Je me suis rendu aux Philippines en mars 2016 après mon voyage en Inde, j’avais pris goût au voyage. C’était mes débuts dans le monde du reportage, des séjours courts mais intenses. Au-delà de vouloir faire des photos, je voulais aussi gagner en expérience et aller à la rencontre des locaux. Mais c’est une fois sur place que j’ai eu l’idée de photographier les bidonvilles, notamment celui du cimetière dans le quartier de Navotas. Je garde de très bons souvenirs mais aujourd’hui, je ne souhaite plus voyager de la même manière : car le plus important dans le reportage c’est le sujet et non la destination.  Cette série m’a permis de faire ma vraie première exposition photo accompagnée de mon premier livret photographique.

Tu fais des photos depuis ton enfance. Est-ce que tu as parfois l’impression d’être arrivé au bout de ce que tu sais faire ?

Lors d’une interview on a demandé au célèbre photographe Marc Riboud qu’elle était sa meilleure photo, il a répondu : « celle que je ferai demain ».  

Quand on arrive au bout et qu’on sent l’ennui, c’est qu’il est temps de passer à autre chose. La photo c’est une éducation, on vit avec et on apprend chaque jour. C’est un bon début mais j’ai encore beaucoup à apprendre, je suis un jeune photographe.

Qu’est-ce qui fait qu’aujourd’hui encore, tu as toujours une passion brûlante pour la photo ? Dans une autre vie, qu’aurais tu fais si tu n’avais pas été photographe ? Cebos Nalcakan

De nature assez réservé, la photo me permet de m’exprimer sans forcément me montrer. C’est ma passion, mon métier et mon langage. Bien que j’aime l’humain, j’aurais aimé dans une autre vie être loin de la ville et des réseaux sociaux.

C’est pas fini

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